Lac Blanc, Eaux Noires
le versant occidental du vallon supérieur du Doron de Chavière

Le Doron de Chavière suit approximativement, tout du long de son cours, le couloir de cassures de la "cicatrice de Chavière", accident majeur qui constitue la frontière entre le domaine de la Vanoise orientale et celui de la Vanoise occidentale (voir la page "Chavière"). Dans la partie tout-à-fait amont du vallon le tracé de cet accident s'élève à flanc du versant occidental jusque à la ligne de partage des eaux avec la Maurienne qu'il franchit 500 m à l'est du col de Chavière, au collet 2885. Jalonné par un chapelet d'affleurements de cargneules qui pointent sous les moraines et les glaciers rocheux, il sépare deux compartiment de constitution spectaculairement différente.
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Le haut vallon du Doron de Chavière et les crêtes de Péclet-Polset vus du nord-est, depuis le sommet de la Pointe de l'Observatoire.
f.G = faille de Gébroulaz ; ØP = chevauchement de Polset (?) ; "d.LB" = discontinuité stratigraphique du Lac Blanc (tirets cernés de bleu) ; a.eN = anticlinal des Eaux Noires ; s.P = synclinal de Polset ; f.C = cicatrice de Chavière (faille principale).
"gnS" = gneiss du Sapey ("gnSo" = faciès œillés) ; "rv" = roches vertes paléozoïques (base des gneiss) ; "hrP" = conglomérats permo-houillers (assise de Courchevel).
(pour la partie haute de la figure voir les commentaires à la page Péclet - Polset)

À l'est l'épais matériel siliceux permo-triasique de la Vanoise sud-orientale qui forme le chaînon des pointes de l'Échelle et de l'Observatoire plonge vers l'ouest sous sa lame de cargneules. Du côté occidental au contraire ces cargneules sont bordées par une bande de calcaires triasiques en succession renversée qui traverse le versant depuis le pied du col jusqu'au delà du refuge de Polset (elle est interrompue au sud de celui-ci par une épaisse bavure de matériel morainique).
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Les pentes terminales du versant nord du col de Chavière vues du col.
Les cargneules (et les éboulis qui tendent à les recouvrir) ont subi un glissement vers le bas du versant : cela leur a fait contourner et entourer les pointements rocheux stables (tel le point coté 2717) formés de calcaires triasiques prolongeant ceux du soubassement du Lac Blanc. Certains entonnoirs hébergent encore de l'eau provenant de la fonte des névés (bien que le cliché ait été pris en août).
c.C = cicatrice de Chavière ; s0 = pendage des dalles structurales de l'Observatoire.

Cette bande de calcaires triasiques est bordée du coté occidental, par une bande continue de schistes houillers qui détermine, au nord du col de Chavière, un talus longeant le pied des abrupts de la montagne de Polset. Au sommet de ce talus ces schistes sont couronnés par une succession permo-triasique peu épaisse : on est donc conduit à considérer que cette bande de houiller, frangée des deux côté par des grés et conglomérats permo-houillers, correspond à l'anticlinal des Eaux Noires, couché vers l'est, que l'on voit se dessiner au nord du Lac Blanc (voir plus loin)).

Coupe schématique sur la transversale au nord du col de Chavière.
f.G = faille de Gébroulaz : ØP = chevauchement de Polset ; s.P = synclinal de Polset ; a.EN = anticlinal des Eaux Noires (= anticlinal du ruisseau Noir au sud du col de Chavière) ; "d.LB" = discontinuité stratigraphique du Lac Blanc ; u.LB = unité du Lac Blanc ; f.C = cicatrice de Chavière (faille principale).
N.B. : concernant les gneiss du Sapey ("gnS"), qui reposent sur les grès et conglomérats permo-houillers ("hrP"), voir la page "stratigraphie".

C'est à l'extrémité septentrionale de ce talus basal des falaises de Polset, que se situe le petit cirque suspendu du Lac Blanc, qui résulte du creusement ancien effectué par la branche orientale du glacier de Gébroulaz, lorsqu'elle en divergeait en direction du vallon de Chavière à la fin du XIXe siècle. Depuis cette époque le lac a en outre vu sa surface se rétrécir considérablement du fait de l'avancée des cônes de déjections construits du côté septentrional par les torrents qu'alimentent les eaux de fonte issues de cette langue glaciaire.
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Le lac Blanc, au dessus du vallon supérieur du Doron de Chavière, vu du nord-ouest depuis le col du Grand Infernet
Le lac actuel ne représente plus qu'un étroit croissant, à la marge sud du lac originel, désormais rempli aux deux tiers par les déjections torrentielles étalées en patte d'oie. Le symbole de pendage souligne le fait que les calcaires triasiques (disposés à l'envers) s'enfoncent sous les couches du Houiller.
c.C = cicatrice de Chavière (faille principale) ; on a figuré par des symboles de demi-charnière l'enroulement anticlinal des couches de la Vanoise orientale, qui plongent de plus en plus vers l'ouest, pour s'engager sous la surface de la cicatrice de Chavière.
Concernant l'arrière-plan voir la page "Pointe de l'Échelle".

Le verrou rocheux bien typique qui a occasionné le surcreusement qui est à l'origine du lac est constitué par le prolongement de la bande de calcaires triasiques qui soutient le vallonnement houiller du versant nord du Col de Chavière : il réapparaît là, à l'endroit même où a été construit le refuge de Polset, au nord de son interruption par le matériel morainique glissé sur lequel s'élève la piste d'accès. De fait, à l'est immédiat de ce refuge la falaise des Galeries donne une coupe stratigraphique où les calcaires et dolomies du Trias moyen affleurent en succession complètement renversée.

Le site du Refuge Péclet-Polset
vu du SE.(cliché original obligeamment communiqué par M. M. Delamette)
"gnS" = gneiss du Sapey ; "hrP" = conglomérats permo-houillers (assise de Courchevel ; "tci" = calcaires vermiculés de l'Anisien inférieur ; "tcA" = calcaires anisiens ; "tcL" = calcaires ladiniens.
Le point coté 2533 est le sommet de la dalle structurale de la base du Trias calcaire (en position renversée), supportant le houiller qui affleure en arrière de l'échine portant le refuge (et dans lequel est creusé le Lac Blanc).

On observe ici aussi le contact direct, dépourvu des termes permo-triasiques et triasiques inférieurs que l'on trouve habituellement à ce niveau, entre les affleurements houillers des pentes supérieures et les calcaires et dolomies triasiques formant les abrupts qui tombent sur le vallon de Chavière. Cette discontinuité stratigraphique du Lac Blanc ne semble pas s'accompagner d'une discordance de pendage appréciable entre les deux ensembles de couches (plus précisément c'est toujours le même niveau de l'Anisien inférieur qui vient en contact avec le houiller). L'origine de cette lacune semble locale car la coupe du versant sud du col des Fonds montre que ce contact y passe à une faille des Fonds qui coupe en oblique les niveaux supérieurs de la formation permo-houillère (voir plus loin dans cette page).
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Le cirque du Lac Blanc vu du SE vue pseudo aérienne d'après une image extraite de "google-earth"
u.LB = unité du Lac Blanc ; f.F = faille des Fonds ; a.EN = anticlinal couché des Eaux Noires ; d.LB = discontinuité stratigraphique du Lac Blanc (tirets cernés de bleu).

Les pentes qui dominent le lac du côté occidental sont constituées par le fort ressaut qui supporte le berceau du Glacier de Gébroulaz, lequel descend vers le nord depuis la crête de l'Aiguille de Polset. Il se partage là en deux branches, dont la supérieure laisse émerger de la glace une barre de quartzites ; l'inférieure, qui montre des gneiss du Sapey recouverts par un peu de conglomérats permo-houillers à faciès Verrucano, forme quant à elle le petit verrou qui supporte le lac 2137 (récemment apparu). Cette disposition semble correspondre au cœur du synclinal de Polset, s'ouvrant ici vers le nord.
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Les pentes dominant le Lac Blanc et le cirque supérieur du glacier de Gébroulaz (état en 1994), vus du nord depuis le col du Grand Infernet.
ØP = chevauchement de Polset (c'est lui qui doit déterminer le col d'où est pris le cliché) ; s.P = synclinal de Polset; f.G = faille de Gébroulaz.
"V" = Verrucano (conglomérats permo-werféniens) ; "hrP" = grès et conglomérats permo-houillers (assise de Courchevel) ; "gnSo" = gneiss du Sapey à faciès œillé ; "gnSf" = gneiss du Sapey à grain fin (ceux qui ceinturent à leur base les affleurements houillers de la pointe de Polset sont considérés comme des mylonites qui jalonneraient l'ancien chevauchement, d'âge paléozoïque, d'une "unité du Sapey", ici maintenant renversée).
Les gypses de premier plan droit sont ceux qui forment en totalité le Roc du Soufre : ils correspondent sans doute au cœur du synclinal de Polset.

Il est plausible d'envisager que le chevauchement de Polset se prolonge au delà vers le nord, par le col du Grand Infernet, limitant ainsi du côté oriental la puissante lame gypseuse du Roc du Soufre, elle-même témoin probable du cœur du synclinal de Polset.

Du côté nord le cirque du Lac Blanc est fermé par la crête des Fonds et des Eaux Noires, au delà de laquelle les eaux du glacier de Gébroulaz et des crêtes du Mont Coua sont drainées par le Doron des Allues (voir la page "Mont Coua"). Elle est formée par le houiller schisto-gréseux que recouvrent les conglomérats permo-houillers à l'endroit puis des gneiss du Sapey.

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Les pentes de rive gauche du Doron de Chavière, aux abords septentrionaux du lac Blanc, vues de la Pointe de l'Observatoire (cliché original obligeamment communiqué par M. Pierre GIDON).
ØP = chevauchement de Polset ; f.F = faille de la Pointe des Fonds ; d.LB = discontinuité stratigraphique du Lac Blanc (tirets cernés de bleu) ; a.EN = anticlinal des Eaux Noires : en raison de la faible obliquité de l'axe de ce pli par rapport à l'orientation d'ensemble, N-S, du versant sa forme est caricaturée et prend l'allure d'un long pli couché (voir sa forme réelle sur la coupe) ; c.C = cicatrice de Chavière : très étroite sur cette transversale elle ne montre que des cargneules et, dans le lit du torrent au niveau des Fonds, une étroite bande de calcschistes d'âge indéterminé.

À l'est du col des Fonds cette succession vient en contact direct, comme au Lac Blanc, avec les couches du Trias calcaire. Mais ici cette discontinuité ne s'accompagne pas d'une accordance de pendages : au contraire les couches paléozoïques y sont recoupée en franche discordance, ce qui caractérise une cassure extensive, la faille du Col des Fonds.

Toutefois sa surface de cassure est garnie en accordance par les couches de base des calcaires triasiques : cela suggère qu'elle a été dénudée avant le dépôt de celles-ci et donc qu'il s'agit d'un accident syn-sédimentaire anté-triasique. La considérer comme une paléofaille extensive paraît d'ailleurs confirmé par le fait que, sur le versant nord de la crête des Fonds elle se montre conjuguée à un faisceau de failles N-S à rejet également extensif (voir la page "Mont Coua").

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Les pentes de rive gauche du Doron de Chavière, en aval du lac Blanc, vues de la crête d'Ariande (point 2315 sur le sentier balcon).
f.WC = faille occidentale de la cicatrice de Chavière ; f.EC = faille orientale de la cicatrice de Chavière ; a.EN = anticlinal des Eaux Noires ; u.LB = unité du Lac Blanc ; ØcR = chevauchement (?) du col Rouge ; u.Ch = unité de Chanrossa.

L'ensemble de ce dispositif est enroulé, surface de faille incluse, par la charnière bien visible de l'anticlinal des Eaux Noires. Bien qu'il s'agisse d'un pli franchement couché vers l’Est on peut sans doute le considérer comme le crochon frontal d'une écaille, l'unité du Lac Blanc, antérieurement chevauchante vers l'ouest et maintenant renversée avec l'ensemble de la bordure orientale de la zone houillère briançonnaise.

 Ce dispositif témoigne vraisemblablement d'une déformation antérieure au rétro-déversement de la zone houillère, par le jeu d'imbrications originellement à vergence W. Il évoque très fortement le système analogue, d’imbrications renversées, que l'on observe au sud de l'Arc, également à la marge est de la zone houillère, dans le massif des Sarrasins (voir le schéma interprétatif de la page "Sarrasins").

Cette structure se prolonge assez bien sur le versant opposé, septentrional, de la crête des Eaux Noires (voir la page "Mont Coua") : la voûte calcaire de l'anticlinal y est par contre dégagée en relief conforme à la crête du Petit Mont Coua tandis que les gneiss du Sapey de la Pointe des Fonds sont largement mis à nu dans les pentes qui en descendent du côté ouest vers le vallon de Gébroulaz.

...

aperçu général sur la Vanoise


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Modane

Carte géologique simplifiée des abords du Lac Blanc

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074
plus au nord ;
plus à l'ouest < cartes voisines > plus à l'est
plus au sud
Autre découpage de la même carte, par coupures moins agrandies et couvrant des secteurs plus larges.

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